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Société de conservation et d'aménagement des bassins versants de la Zone Châteauguay

Dans cette section, vous trouverez une description de l'érosion et de la sédimentation du bassin versant de la rivière Châteauguay.

 

  • 1.1. UNE DÉFINITION

    L'érosion est le phénomène de transport des particules de sols par l'air (éolienne) et l'eau (hydrique). Lorsque les particules de sols atteignent un cours d'eau, elles se déposent tranquillement au fonds, se transformant en sédiments, ce qu'on appelle la sédimentation. Ces phénomènes sont naturels, mais l'activité humaine les amplifie. Les sources d'érosion et de sédimentation d'origine anthropiques sont multiples : absence de végétation au sol (par exemple, les sols à nu dans certains champs agricoles, dans les stationnements ou lors d'une construction domiciliaire), efficacité du drainage agricole rectiligne qui accélère la vitesse d'écoulement de l'eau et en augmente le frottement, piétinement du sol par le bétail, cultures ou constructions d'infrastructures (ponts, ponceaux, maisons, industries, etc.) en zone inondable ou dans la bande de protection riveraine, remblayage ou drainage des milieux humides dont un des rôles est la rétention de l'eau. Sans protection, la mince couche productive du sol part avec le vent, la pluie, le courant, le gel, le dégel et les inondations. (SCABRIC, 2005)

  • 1.2. ANALYSE

    Dans cette section, vous trouverez une analyse des conditions intrinsèques, des modifications anthropiques et des impacts appréhendés.

    • 1.2.1 Des conditions intrinsèques favorisantes

      Plusieurs conditions intrinsèques au bassin versant de la rivière Châteauguay favorisent l'érosion et la sédimentation. Le facteur le plus important est l'orientation du sud vers le nord du bassin versant (Portrait section 1.1). Ainsi, en période de dégel, l'amont du bassin versant fond avant l'aval, ce qui favorise la formation d'embâcles (Portrait section 1.8.1.2). Le climat tempéré, avec son alternance de périodes de gels et de dégels, fait travailler le sol (Portrait, section 1.7).

    • 1.2.2 Des modifications anthropiques qui accélèrent l'érosion

      L'activité humaine sur le territoire a changé la couverture du sol (Portrait, section 2). Là où on avait de nombreux milieux humides et de grands boisés il y a deux siècles (Portrait, sections 1.8.3, 2,5 et 3.1.2), on retrouve maintenant des terres agricoles et des milieux urbains (Portrait, sections 2). Les milieux humides ont été asséchés ou remblayés (Portrait, sections 1.5.2.1.2.8, 1.8.3 et 3). Les zones boisées ont été coupées (Portrait, sections 2.5 et 3.1.2). Sans obstacle, le vent circule plus rapidement, emportant des particules : c'est l'érosion éolienne (Wikipédia, 2010a). La plupart des grandes cultures sont cultivées sur des sols qui restent à nu entre les récoltes – les labours (Portrait, sections 2.4 et 4.2.2.3). Ces sols, sans couverture, s'appauvrissent par l'action concertée des vents, des précipitations, du gel et du dégel (Cazelais, S. et Nault, J., 2003). La dernière barrière à l'érosion est la présence d'une bande riveraine végétale ou un enrochement. Celles pour lesquelles une évaluation existe sont déficientes (Portrait, section 1.8.1.1).

      Également, on a drainé le territoire agricole, autant en surface, par le redressement des cours d'eau (Portrait, sections 1.1.3 et 1.1.4), que par l'ajout d'un réseau de drains souterrains (Portrait, sections 1.6.1 et 2.4.4). La construction de ponts, de ponceaux, de barrages et de seuils (Portrait, sections 1.1.3, 4.2.2.1.5 et 4.2.2.5.1) sur la rivière favorise la création d'embâcles qui viennent gruger les rives (Diagnostic, figure 1 et Portrait, section 1.8.1.2). L'ajout de sable et de gravier pour l'entretien des routes en hiver contribue également au problème d'érosion et de sédimentation (Portrait, section 4.2.2.1.5).

      Figure 1 L'érosion des berges(Cazelais, S. et Nault, J., 2003, p. 7)

      Figure 1 compressee

      Figure 2 Contraintes naturelles et anthropiques dans le bassin versant de la rivière Châteauguay
      (Côté, M.-J., et al., 2006, p. 45)

      Figure 2 compressee

       

    • 1.2.3 Impacts appréhendés

      Aux effets décrits précédemment, on doit ajouter les impacts probables des changements climatiques qui devraient augmenter les épisodes de fortes précipitations (en quantité et en ampleur), augmenter la force des vents, augmenter les épisodes de dégels hivernaux et accélérer le dégel (laissant les sols à découvert plus longtemps à chaque année) (Portrait, section 1.7.3).

  • 1.3. ÉTAT DES CONNAISSANCES

    Les connaissances précises de l'état de l'érosion et de la sédimentation dans le bassin versant de la rivière Châteauguay sont rares. Quatre études ont été réalisées sur l'état des bandes riveraines dans divers secteurs du bassin versant et s'étirent sur plusieurs années (1998 à 2008), sans mise à jour (Portrait, section 1.8.1.1) (voir la figure 3). Quelques secteurs d'érosion sont identifiés aux schémas d'aménagement des MRC (Diagnostic, figure 2 et Portrait, section 1.8.1.3, figure 39, page 113). Les 4 MRC ont un comité de cours d'eau dont le mandat est de répondre aux demandes de nettoyage des cours d'eau. Le nettoyage signifie qu'on enlève, à l'aide de machinerie lourde, les sédiments accumulés au fonds des cours d'eau pour qu'ils retrouvent leur profil d'origine (Portrait, section 1.1.4 et 4.2.2.5.2).

  • 1.4 PRIORITÉ PERÇUE DE LA PROBLÉMATIQUE ET BESOINS DES ACTEURS

    Au cours des consultations publiques de 2006 et 2007, la problématique de l'érosion et de la sédimentation est celle qui a été choisie comme l'une des trois priorités d'action (parmi la trentaine proposée) par le plus d'équipes de travail (4 groupes sur les 8 équipes de participants). En travaillant à la réduction de l'érosion et de la sédimentation dans le bassin versant de la rivière Châteauguay, on maintiendra la diversité des écosystèmes, on facilitera le traitement de l'eau potable en réduisant le coût des traitements et on travaillera à rendre l'eau propice à la baignade.

  • 1.5 CONSTATS
    Les citoyens du territoire considèrent qu'il est très important de se préoccuper des problèmes liés à l'érosion, mais les données utiles disponibles sont limitées. On possède des données de suivi intéressantes au niveau de la qualité de l'eau. On a croisé les données disponibles à partir d'un modèle d'élévation afin d'identifier les pentes de plus de 3˚ sur le territoire et établi un lien avec l'occupation du sol et le type de sols friables. D'après ces analyses, certaines des municipalités de chacune des MRC du bassin versant contiennent des secteurs propices à l'érosion, mais le potentiel d'érosion est plus grand dans les municipalités de Franklin, Havelock, Saint Chrysostome, Sainte-Clotilde, Saint-Patrice-de-Sherrington et Saint-Rémi (tableau 1, p. 10 et figures 4 et 5, p. 8 et 9). Pour compléter cette analyse, on devrait considérer les données concernant l'état des bandes riveraines et des haies brise-vent, mais elles sont très limitées et ne sont pas intégrées (Figure 3). De même, les données pertinentes en lien avec les nettoyages de cours d'eau autorisés par les MRC du territoire (fréquence des demandes, localisation des demandes, formation des responsables des nettoyages et des entrepreneurs qui en font la mise en œuvre, etc.) devraient être compilées. Le potentiel érosif des ponts et ponceaux situés sur le territoire aurait également intérêt à être ajouté à cette série d'information. Le traitement et l'acquisition des données pertinentes, devra être structuré afin d'être intégrer à une seule base de données informatisées.

    Figure 3 Secteurs étudiés pour la qualité des bandes riveraines et la présence de haies brise-vent dans le bassin versant de la rivière Châteauguay
    (Sullivan, A. 2010a)

    Figure 3

    • 1.5.1 Identification de secteurs prioritaires

      L'analyse des données obtenues permet de pointer des secteurs dont la pente est de plus de 3˚ et où le sol est propice à l'érosion, autant pour les types de sols friables présents que pour l'occupation du sol (voir les figures 4, p. 10 et 5, p. 11, ainsi que le tableau 1, p. 10). Les municipalités où se trouvent à la fois des secteurs où la pente est de plus de 3˚, où les sols sont organiques et où se pratique l'agriculture sont : Franklin, Havelock, Saint-Chrysostome, Sainte-Clotilde, Saint-Patrice-de-Sherrington et Saint-Rémi. D'après ces données (tableau 1, p. 10), seuls les sols des municipalités et villes de Beauharnois, Howick, Huntingdon et Saint-Isidore sont peu propices à l'érosion.

      Également, en présentant les données sur la qualité de l'eau de surface dans le bassin versant (Portrait, section 4.2.1.2.1, tableau 54, p. 223 et figures 73, p. 226 et 74, p. 227), on constate que les dépassements de normes sont surtout pour le phosphore total (72% des stations), la turbidité (52% des stations), les matières en suspension (45% des stations) ainsi que la chlorophylle a et les phéophytines (40% des stations), tous des paramètres qui sont souvent associés à l'érosion. D'autre part, les dépassements sont surtout observés dans les municipalités de Saint-Chrysostome, Sainte-Clotilde, Saint-Patrice-de-Sherrington et Saint-Rémi ou en aval de celles-ci. Par contre, les municipalités de Franklin et d'Havelock n'entrent pas dans cette catégorie, probablement à cause du couvert forestier plus important et de la plus faible quantité de données de qualité de l'eau disponibles.

      Les explications fournies par Marc Simoneau dans les Faits saillants 2001-2004 de l'état de l'écosystème aquatique du bassin versant de la rivière Châteauguay (Simoneau, M., 2007) correspondent à ces mêmes conclusions (Portrait, section 4.2.1.2.1) et sont complétées par les résultats de Georges Gangbazo qui identifie que l'agriculture, représentant l'essentiel de la pollution diffuse (correspondant à 77% des apports de phosphore total dans la rivière), est responsable de 70% de la présence de phosphore total dans la rivière Châteauguay (Gangbazo, G. et al., 2005 ; Simoneau, M., 2007, communication personnelle). Ce que ces données viennent spécifier est la prépondérance des sols organiques pour les apports de phosphore total aux cours d'eau.

      En plus des données disponibles, l'identification des secteurs propices pourra être précisée à l'aide de données qui restent à organiser ou à acquérir au sujet de l'état des bandes riveraines et des haies brise-vent (Portrait, section 1.8.1.1), de la présence de cultures avec couverture du sol (Portrait, section 2.4.2), de la présence d'infrastructures (ponts et ponceaux) qui favorisent l'érosion des berges (Portrait, section 4.2.2.5.1), de la localisation des nettoyages de cours d'eau les plus fréquents (Portrait, section4.2.2.5.2).

      Figure 4 Secteurs où la pente est de plus de 3 selon le type de sol dans le bassin versant de la rivière Châteauguay
      (Sarr, J. B. et Sullivan, A., 2010a)

      Figure 4 compressee

      Figure 5 Secteurs où la pente est de plus de 3 selon l'occupation des sols dans le bassin versant de la rivière Châteauguay
      (Sarr, J. B. et Sullivan, A., 2010b)

      Figure 5 compressee

      Tableau 1 MRC et municipalités dont une portion du territoire possède des pentes d'au moins 3 et un type de sol friable ou une utilisation du territoire propice à l'érosion (d'après les figures 4 et 5) (Audet, G., 2010c).

      Tableau 1

    • 1.5.2 Acquisition de connaissances, vulgarisation et diffusion

      Des besoins d'acquisition de connaissances plus précises sont importants afin d'avoir un suivi adapté des paramètres pertinents pour mesurer l'érosion, tels : certains critères de la qualité de l'eau (Portrait, section 4.2.1.2.1), les barrières à l'érosion existantes sur le territoire, que ce soit les cultures de couverture, les bandes riveraines ou les haies brise-vent, par exemple (Portrait, section 1.8.1.1 et 2.4.3). D'autre part, on doit intégrer les données existantes sur l'état des bandes riveraines dans une base de données unique qui sera utilisée et mise à jour par l'ensemble des intervenants (Portrait, section 1.8.1.1). On devrait également compiler les demandes de nettoyage de cours d'eau pour l'ensemble des cours d'eau dans les quatre (4) MRC du territoire afin de confirmer les secteurs prioritaires pour ces demandes sur le terrain (Portrait, section 1.1.4 et 4.2.2.5.2). Il sera également important de connaître la manière dont sont réalisés les nettoyages de cours d'eau et quelles formations ont reçu les inspecteurs et les entrepreneurs impliqués dans le processus pour valider qu'ils intègrent les meilleurs pratiques de réduction de l'érosion.

       
    • 1.5.3 Intégration aux outils de planification du territoire par les élus et les gestionnaires

      Étant donné que les données n’étaient pas disponibles, elles n’ont pas été intégrées aux outils de planification. Les MRC et municipalités listées au tableau 1, p. 10 précédent auront intérêt à considérer ces informations dans leurs autorisations pour les nettoyages des cours d’eau, intégrer les informations à leur schéma d’aménagement et de développement, à leur plan d’urbanisme ou à leur plan de mesures d’urgence.

      D’autre part, il sera important d’adapter les infrastructures qui affectent l’érosion des cours d’eau (tels les ponts et les ponceaux) en intégrant aux choix de construction ou de réparation les effets des changements climatiques.